Accueil > SEO > Noms de domaine métiers, les ventes aux enchères thématiques changent la donne !
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Stéphanie L.
12 octobre 2023

Les ventes aux enchères de mobilier, tableaux ou objets d’art, tout le monde connaît ou s’en fait une idée. Autrefois réservées aux objets tangibles, elles s’ouvrent à de nouveaux types de biens, incorporels cette fois-ci, parmi lesquels les noms de domaine. De simple ressource technique, le nom de domaine s’est hissé au rang d’actif de l’entreprise et d’objet de désir qu’il est désormais possible d’acquérir aux enchères.

Marc-Olivier Bernard est un acteur clé de ce changement. Responsable des ventes aux enchères d’actifs incorporels professionnels et non-professionnels au sein de la maison de vente aux enchères Boischaut. Il est aussi responsable du développement digital de l’activité d’enchères classiques.

Comment se passent les enchères de noms de domaine ? Pourquoi acheter ou vendre des noms de domaine aux enchères ? Marc-Olivier Bernard nous raconte la rencontre des ventes aux enchères volontaires et des NDD…

Image : Marc-Olivier Bernard

Ventes aux enchères d’œuvres d’art, ventes aux enchères de noms de domaine. Pourquoi avoir réuni matériel et immatériel au sein des activités de la Maison de vente aux enchères Boischaut ?

Marc-Olivier Bernard : Jusqu’à son rachat en juillet 2021, la maison de vente Boischaut avait une activité classique mais très variée : objets d’art, mobilier, véhicules, ventes judiciaires également, dans l’office judiciaire associé. Son rachat en 2021 et mon association dans le projet visaient notamment à étendre ses activités.

L’un de nos objectifs était justement de développer la vente aux enchères d’actifs incorporels comme les noms de domaine, NFT ou logiciels, rendue possible par la loi de modernisation du marché de l’art, promulguée le 1er mars 2022.

Avant cette date, seuls les biens tangibles pouvaient faire l’objet de ventes aux enchères volontaires. Les enchères existaient déjà dans l’incorporel, mais uniquement dans le cadre de ventes judiciaires. Celles-ci peuvent être spectaculaires, comme la vente en décembre 2022 des actifs incorporels de Camaïeu, après le jugement prononçant la liquidation de la société.

Le portefeuille de marques protégeant le nom Camaïeu, différents signes associés et le nom de domaine avaient été mis aux enchères avec une mise à prix à 500 000 euros et adjugés  pour 1,8 M € par Celio.

D’une vente d’objets corporels à une vente d’objets incorporels : qu’est-ce qui diffère  ?

Marc-Olivier Bernard : Par nature, les actifs incorporels ne nécessitent pas de manipulation, ce qui simplifie les ventes dans une certaine mesure… Mais par leur nature intangible, ils sont plus sensibles. Leur vente aux enchères reste donc globalement plus délicate.

Pour les noms de domaine, se pose en premier lieu des questions relatives à la propriété intellectuelle : il faut d’abord s’assurer que le nom ne peut être revendiqué par un tiers. La maison de vente prend une nouvelle dimension dans ce contexte : elle joue le rôle de tiers de confiance et sécurise la vente.

Le marché est lui-même délicat car immature. Si le public est familier des ventes aux enchères d’œuvres d’art ou de mobilier, il y a toute une éducation à faire ici.

Enfin, le transfert de l’objet de la vente devient plus complexe. Pour un objet classique, l’acheteur se charge d’organiser le transport. Pour un nom de domaine, le transfert demande un peu de connaissances techniques. L’acheteur se voit communiquer le code AUTH de son NDD, qui permet de demander le transfert au bureau d’enregistrement. Il faut vraiment accompagner l’acheteur dans les démarches.

Les conditions de vente sont-elles les mêmes que pour des objets ? Catalogue, exposition, prix de réserve, etc.

Marc-Olivier Bernard : Le processus est très proche. Comme pour les objets, une estimation et un prix de réserve (prix de vente minimum) sont proposés. Et le catalogue est publié sur Interencheres.

Les ventes classiques sont généralement diffusées en live, mais pour ce nouveau marché, après avoir testé les différentes possibilités d’enchères, nous avons retenu la vente aux enchères online, plus proche de ce qui existait sur Ebay. Son gros avantage : il est moins intimidant pour les néophytes que la vente classique, qui crée l’urgence, nécessite une prise de décision ultra-rapide et peut-être paralysante pour ces derniers.

Pour les incorporels vendus online, le catalogue est publié un ou deux mois à l’avance. Les acheteurs potentiels disposent généralement d’un mois pour enchérir sur un lot de la vente, contre quelques secondes par lot pour une vente classique.

Le succès de la vente sur Interencheres tient à la thématique, qui doit être en rapport avec les secteurs d’activités des acheteurs professionnels présents sur cette plateforme. Ainsi, par exemple, les ventes de noms de domaines pour le secteur bâtiment fonctionnent bien : dans la dernière vente de cette thématique, nous avons vendu 15 % des noms en une semaine, à comparer avec le pourcentage de vente en une année des noms de domaine d’un bon portefeuille qui tourne autour de 1 à 2 %. Une petite “bataille d’enchères” a même eu lieu sur le nom expert-batiment.com, qui a été adjugé à 702 € hors frais, avec un prix de départ à 600 €. Les seules extensions présentées à la vente sur .com et .fr, car les seules où le second marché existe.

À quels prix démarrent les enchères ? Et jusqu’où peuvent-elles s’envoler ?

Marc-Olivier Bernard : Les noms de domaine sont proposés entre quelques centaines et quelques milliers d’euros, sachant que la majorité des adjudications se situe entre 500 et 1000 € hors frais. S’agissant d’actifs en général très peu liquides, une mise aux enchères doit être vue comme une courte période où les acheteurs l’opportunité d’acheter des noms à des prix très avantageux, mais avec un risque de bataille d’enchères, comme l’exemple précédent le montre. Nous avons aussi remarqué que les noms plus facilement et directement utilisables par une entreprise ont de plus grandes chances de trouver preneur : un nom tel que plombier.fr est plus facile à vendre que douche.fr.

La durée de la vente ne fait-elle pas obstacle à la “bonne affaire” ?

Marc-Olivier Bernard : La bonne affaire est en général liée à une moindre publicité faite autour de la vente et au caractère parfois forcé de la vente (vente judiciaire), où les lots doivent être vendus à tout prix. Lorsque les deux facteurs se conjuguent, la bonne affaire peut être excellente. Dans le cas des noms de domaine, c’est surtout l’occasion d’acheter à un prix fixé et avantageux un nom de domaine, par comparaison à un marché de gré-à-gré qui est en partie opaque.

Qu’arrive-t-il aux NDD qui ne trouvent pas preneur ?

Marc-Olivier Bernard : Lorsqu’il ne sont pas adjugés, ils retournent sur le marché de gré-à-gré où ils sont proposés à prix fixe plus élevé ou parfois sans prix affiché, ce qui signifie qu’un achat relève d’une négociation, qui peut dépendre du profil de l’acheteur.

Vente aux enchères de noms de domaine classique ou de noms de domaines Web3 : qu’est-ce que cela change dans le processus de vente ?

Marc-Olivier Bernard : Les noms de domaine Web3 ne font pas encore l’objet de ventes aux enchères. Hors ventes aux enchères réglementées, il y a apparemment des transactions, mais du fait de l’anonymat caractéristique du Web3, les ventes fictives sont probablement très fréquentes. En effet, le coût d’une transaction fictive est limité aux frais de gaz pour faire fonctionner le smart contract. Ces noms de domaine sont pour l’instant surtout l’objet de cybersquatting.

Y a-t-il des profils types d’acheteurs et de vendeurs ?

Marc-Olivier Bernard : Les vendeurs sont souvent des investisseurs en NDD qui ont un stock important. Ils sont peu nombreux, quelques dizaines, et détiennent l’essentiel des noms de domaine intéressants.
Les acheteurs sont souvent des professionnels des secteurs concernés ou des entreprises dans les secteurs de l’édition ou du web marketing.

Pourquoi ce public préfère-t-il acheter aux enchères ?

Marc-Olivier Bernard : L’expérience d’achat aux enchères est très satisfaisante car totalement transparente et sécurisée sur tous les plans, juridique et financier. Un nom proposé à la vente l’est de manière certaine, expertisé pour assurer une jouissance paisible de son exploitation et la transaction sécurisée par le rôle de séquestre que joue la maison de vente. A contrario, un acheteur sur le marché de gré-à-gré doit parfois affronter plusieurs obstacles parfois rédhibitoires.

Comment envisagez-vous l’évolution du marché ?

Marc-Olivier Bernard : Nous organisons depuis cette rentrée 2023, une vente thématique mensuelle, avec environ 100 à 200 noms de domaines. L’enjeu est de faire connaître ces ventes grâce à leur récurrence et à nos actions de relations presse. La première vente d’octobre sera sur une thématique chère aux professionnels, celle de l’art (antiquités, mobiliers, librairies, bijoux), avec des noms premium tels que antiquaire.fr, proposé à un prix de départ de 3000€. Les ventes des mois suivants seront : Boissons (novembre), Transport et véhicules (décembre), Métiers, artisans (janvier 2024) et Restaurants, restauration (février 2024).

Un grand merci à Marc-Olivier Bernard.

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