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Culture web
Stéphanie L.
9 novembre 2023

Que fait-on lorsqu’on se pose une question ? Bien souvent, on demande à Google… Mais la réponse est-elle toujours objective ? Une femme qui se promène sur YouTube à de fortes chances de se voir assommée de conseils pour rentrer dans le moule de “la femme idéale”, grâce aux innombrables tutos beauté, ménage et lifestyle qui lui sont suggérés. 

Que racontent ces vidéos de la pression sociale qui s’exerce sur les femmes ?

La série documentaire Femmes sous algorithmes, réalisée par Gabrielle Stemmer, met en images l’influence des algorithmes sur nos façons de penser. Une démonstration habile et effrayante en six épisodes de 8 minutes.

Une série d’un nouveau genre : le Desktop documentary 

Pour nous plonger dans la réalité de l’internaute, la réalisatrice a utilisé un style de documentaire original : le desktop documentary.

Dans chaque épisode, le champ se limite à l’écran, qu’on ne quitte jamais. Le film suit la navigation d’une femme, de requêtes en mots clés, de liens en clics, d’une vidéo à l’autre.

La série nous fait plonger avec cette héroïne qu’on ne voit jamais, dans le tourbillon de la recherche et le côté obscur des réseaux sociaux. 

Un sujet d’actualité : les effets pervers des algorithmes 

D’une première requête simple et pratique, l’internaute se retrouve noyée sous des suggestions de contenus très orientés. Elle est emmenée, malgré elle, là où de toute évidence elle n’avait pas du tout prévu d’aller, y compris sur Amazon pour acheter ce qui lui permettra de sculpter ce “corps de rêve” qu’elle est censée avoir. 

La réalisatrice montre ainsi le “cheminement intellectuel” presque imposé par les suggestions et contenus de YouTube, TikTok, Google, qui poussent à la consommation de vidéos et produits jusqu’à l’addiction. 

Comme le dit très justement le préambule : “Aller sur Internet quand on est une femme, c’est toute une aventure”.

La dérive des suggestions à l’internaute

Dans chaque épisode, on visualise comment, à partir d’une requête simple et pratique, les algorithmes parviennent à faire naître une obsession (pour le ménage, le bullet journal, la chirurgie esthétique ou autre…) et la poussent à l’extrême, jusqu’à l’absurde. 

Comment passe-t-on de “Comment tracer un beau trait d’eye liner”, à l’envie de se faire refaire le visage ? 

Comment passe-t-on de “comment gagner du temps ?” à “Je n’ai pas le temps d’avoir des cheveux ?” 

Comment en arrive-t-on à noter qu’il faut se doucher et s’habiller dans sa to-do list ? 

L’ internaute est poussée à faire des associations d’idées pas toujours très saines à force de “Vous aimerez peut-être aussi” et autres suggestions ou questions fréquemment posées. 

Des contenus aux tendances sexistes et rétrogrades  

Dans le premier épisode baptisé “Clean like a boss” (Nettoie comme un chef), l’héroïne qui cherche à “gagner du temps” tombe rapidement sur “Pourquoi les femmes aiment faire le ménage ?” puis sur une “académie de perfectionnement féminin” pour devenir la parfaite femme au foyer. Ou comment les nouvelles technologies peuvent en quelques clics nous ramener 70 ans en arrière, à coup de préjugés sexistes et de biais cognitifs en tout genre.

Des tendances pleines d’injonctions

La réalisatrice ironise sur les hashtags qui, l’air de rien, imposent leur diktat. 

À première vue inoffensif, le fameux #mompreneur par exemple, pour “maman entrepreneuse”, popularisé et propagé à l’excès, n’est finalement qu’une invitation à chercher toujours plus, à commencer par une version augmentée de soi-même. Comme si être mère ne pouvait être assez. Comme si être entrepreneuse ne l’était pas non plus. Comme s’il fallait à tout prix revendiquer quelque chose pour se donner de la valeur et qu’il fallait à tout prix mettre sa vie en scène. Le documentaire montre à chaque épisode comment le web contribue à la charge mentale des femmes.

Pourquoi est-ce qu’on vous conseille Femmes sous algorithmes ? 

Femmes sous algorithmes est une mini-série documentaire originale, particulièrement bien rythmée et délicieusement ironique.

Tout en dénonçant la segmentation genrée du web, elle interroge sur nos usages d’Internet et l’emprise insidieuse des contenus sur nos vies. La série nous fait voir d’un autre oeil des tendances qui pouvait nous sembler au mieux mignonnes, au pire insignifiantes, comme le #girldinner de TikTok, qui invite filles ou femmes à poster le contenu de leur assiette… Du simple partage au trouble du comportement alimentaire, il n’y a peut être qu’un clic pour des milliers d’adolescentes. 

Pour protéger les utilisateurs, l’Union Européenne a voté le Digital Service Act, nouveau règlement européen qui vise à protéger les utilisateurs des effets pervers des algorithmes. Mais les internautes auront-ils vraiment envie de s’affranchir de ce qui les rend accro alors que leur plaisir provient justement de la découverte de tendances et du sentiment d’appartenance à une communauté ?

Femmes sous algorithmes 
Disponible gratuitement sur Arte
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